Vendredi 4 novembre 2005
Le bitoniau.
Lorsqu'on commence à s'intéresser au bitoniau en tant que concept autonome et signifiant, on est immédiatement pris d'un vertige devant l'ampleur du monde qui s'offre à l'expertise, devant le champ des occurences possibles, toutes plus troublantes les unes que les autres.
C'est vertigineux.
Le bitoniau nous happe, tout simplement...
d'ailleurs que nous dit le Larousse:
Bitoniau: ".m.Fam. Petit objet, et, en partic., petite partie d'un dispositif mécanique ( bouton, vis, petite boule etc.)
Fascinant.
le Robert va plus loin:
Bitoniau: n.m.1987; probablement de bitte ou du der. dial. bitton d'après bouton. fam: petit bouton permettant d'actionner un mécanisme, petite protubérance (d'un objet). Appuyer sur le bitoniau, actionner le bitoniau, des bitoniaux.
Voila qui nous éclaire davantage.
Car il est intéressant de noter que le terme de bitoniau désigne une « protubérance », une pièce dun système mécanique plus complexe auquel il est rattaché, et qui lui confère sa qualité de bitoniau.
« Il doit y avoir un bitoniau », dit-on alors quon cherche à faire fonctionner un mécanisme.
« Cest quoi, ce bitoniau ? » dit-on avant de faire une connerie.
Il est à noter surtout que dans notre monde moderne, le bitoniau dérange, et que la société cherche en secret à sen débarrasser.
On aseptise, on tend à lisser, à cacher le bitoniau, comme sil était honteux. On trouvait jadis un peu partout des bitoniaux, dans les voitures, sur les briquets, les stylos, les montres etc
et de plus en plus, on leur préfère des boutons tactiles et des mollettes multifonctions parfaitement ridicules, et qui sont loin davoir le charme et la personnalité du bitoniau.
Certains bitoniaux, en particulier ceux présents sur les briquets jetables et les stylos billes à cliquet, étaient des bitoniaux à fonction sociale.
Ils permettaient de soccuper les mains lorsquon traversait les grandes épreuves de la vie : conversations amoureuses, examens, entretiens professionnels.
Désormais privés de ces référents tripotatoires, nos doigts gourds se tordent et sagitent en vain, à mesure que notre discours merdoie.
Certains objecteront que nos téléphones portables sont criblés de bitoniaux.
A ceux là, je dis non.
Certainement pas.
entendons-nous bien, une vulgaire touche de clavier ne saurait constituer un bitoniau. Un bitoniau, c'est protubérant, voire turgescent, ça a de l'allure.
Historiquement parlant, le bitoniau doit beaucoup à l'archéologie et aux historiens.
Si les archéologues sont les grands prêtres du bitoniau, les historiens en sont les cryptographes.
Les uns en déterrent des wagons entiers, puis les refilent aux autres qui passent des années à savoir à quoi ils pouvaient bien servir, afin de les faire évoluer du stade de bitoniau primitif à celui, plus prestigieux, de pièce connue dune nomenclature maîtrisée.
Lobscur bitoniau devient alors fermoir de collier en opale de lépoque aztèque, axe de détente de fusil à silex du XVIIème siècle, ou pièce dun métier à tisser hittite.
Et rien nest plus humiliant pour larchéologue que de devoir avouer son ignorance de la fonction présumée dun bitoniau antique.
Pour la science, le bitoniau non identifié restera alors à tout jamais un vulgaire machin, un truc, témoignage accablant de la limite de la prospective archéologique, et sera à coup sûr remisé dans un dépôt honteux, sans fenêtre et probablement même sans étiquette.
Destin funeste et cruel pour un bitoniau qui a traversé les âges, et qui restera désormais pour tous un obscur et mystérieux bitoniau.
Heureusement il reste des gens comme vous et moi pour rêver.
Comment ?
Il n'y a que moi.
Ah, tant pis...
par willup
publié dans :
olibrius
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